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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 16:19

 

 

C’était une salle plus gaie.

Tu portais une robe blanche.

J’étais vêtu comme un dimanche.

Marianne nous souriait.

 

Sur le grand livre où tu signais

je revois ta main qui se penche

et la larme à ton œil pervenche

quand la bague au doigt se glissait.

 

Les enfants qu’on avait rêvés,

chacun voudrait les enlever,

farouche comme un animal.

 

Tu as mis une robe noire

pour mettre fin à notre histoire

dans la salle du tribunal.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 16 juillet 2021

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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 16:03

 

J’ai rêvé…

 

d’un radeau sous la lune bise

glissant sur la noirceur du lac.

On entendait comme un ressac

au loin contre la rive grise.

 

Dans la tiédeur de la nuit brune

tu me donnais ta main diaphane.

Ton corps était comme une liane,

comme un envoûtement de lune.

 

Nous étions debout. Nos regards

fuyaient au loin car nous savions

que l’aube pâle où nous allions

dissoudrait nos spectres hagards.

 

Si mes yeux mordaient dans ta bouche,

tissée à la trame des songes,

l’eau si noire, comme une éponge,

dévorerait ton corps farouche.

 

Je rêvais sous la lune bise

d’une amour qui m’était promise.

 

Pierre Thiollière, Castelnaudary, 26 août 2021

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 15:57

 

Chercher l’air

l’air des forêts, l’air de la mer

l’air qui me trotte dans la tête

cet air où muse un air de fête.

 

Chercher l’air

l’air ancien que chantait ma mère

l’air joyeux que sifflait mon père

qui sentait bon l’herbe et la terre.

 

Chercher l’air

l’air chaud des villes andalouses

l’air froid de la neige l’hiver

l’air du sud parfumé d’arbouses.

 

Chercher l’air

les lourds parfums dans la resserre

l’odeur de l’encens dans la crèche

l’air épicé de Marrakech.

 

Chercher l’air

l’humidité de la rizière

ou le souffle chaud du désert

l’air des marais au goût amer.

 

Chercher l’air

avant que notre chair s’essouffle

respirer fort les joies dernières

chercher l’air jusqu’au dernier souffle.

 

Pierre Thiollière, Conques sur Orbiel, 7 juin 2021

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 16:55

 

Corbières, sous la pluie d’avril,

à quoi rêvez-vous ?

À la fille qui bat des cils

dans le bois de houx ?

 

Au vin que boivent les amants

au bord de l’Orbieu ?

Au bon miel couleur de printemps

qu’ils ont dans les yeux ?

 

Au-dessus des roches mouillées

dansent les corbeaux.

Et les pentes du Montouillé

appellent les eaux.

 

Sous la pluie que l’autan lutine

rêvent les amants

au ciel bleu que déjà devine

le souffle du vent.

 

Corbières habillées de vignes

jusqu’au bord de mer,

voyez comme agitent leurs pignes

les pins toujours verts !

 

Ce garçon, au pied des murailles

de Peyrepertuse,

s’imagine en cotte de mailles

auprès de sa muse.

 

Corbières, sous la pluie de mai,

à quoi rêvez-vous ?

Aux amoureux de Mouthoumet

à leurs rendez-vous ?

 

Pierre Thiollière, 28 avril 2021

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 16:52

 

Au joli mois de mai les fleurs

babillent d’or et de carmin

mais bientôt leurs corolles meurent.

Ce sont rires sans lendemain.

 

Tandis que les bourgeons éclatent

dans les ramures des jardins

les coquelicots écarlates

saignent sur les talus soudain.

 

Le vieux tronc, fatigué d’hivers,

dévoré d’insectes, s’endort

et l’arbre qui fut jeune et vert

dresse à présent ses moignons morts.

 

Au loin, là-bas, au pied des Andes,

c’est l’automne et le soleil tord

les ceps de vigne qui suspendent

au gré du vent leurs grappes d’or.

 

Ici aussi viendra l’automne

et la fausse mort de l’hiver.

Un jour la vie nous abandonne

comme elle abandonna nos pères.

 

Mais chaque fois qu’un oiseau meurt

un œuf éclot dans d’autres nids.

Chaque fois que s’arrête un cœur

un bébé vagit dans la nuit.

 

Pour les humains c’est mai encore.

Bien sûr un jour viendra l’automne

et puis l’hiver, mais d’autres corps

germeront de la terre bonne.

 

Et si un jour notre planète

n’est plus qu’un bloc de rocs déserts

la vie dansera d’autres fêtes

dans le grand bal de l’univers.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 5 mai 2021

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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 15:32

 

Les gens l’appelaient Avril.

Elle dansait en marchant.

Quand elle battait des cils

on entendait comme un chant,

comme un tambour dans le cœur,

dans tout le corps un élan,

une risée de bonheur,

une fraîcheur en passant.

 

Son rire soudain brillait

comme éclatent les bourgeons.

Et puis un voile passait,

un nuage à l’horizon,

une tristesse de pluie.

On voyait dans son regard

comme un songe qui s’enfuit,

l’eau grise dans une mare.

 

Mais bien vite le soleil

venait jouer sur sa peau

et sur sa bouche vermeille.

Elle chantait à nouveau.

 

Les gens l’appelaient Avril.

On aurait dit le printemps.

Elle mettait sur le gril

le cœur séduit des passants.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 8 avril 2021

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 20:19

 

Crépuscule : Il sonne dix-neuvième, beaudelairien, ou même hérédiesque, chargé d'or et de reposoirs mystérieux, précieux et solennel ….

Philippe DELERM, Les mots que j'aime

 

Est-ce une hostie au cœur d’un ostensoir ?

Un astre d’or, mystérieux, solennel ?

C’est simplement dans la fraîcheur du soir

le « bonne nuit » que murmure le ciel.

 

Le soleil las cache son bâillement

sous le coton de ses voilages roses

et puis s’endort en baissant doucement

son regard mauve où s’éteignent les choses.

 

Le chat-huant lance son premier cri

pour saluer la nuit qui s’insinue.

Dans l’ombre fraîche où la nature prie

la lune vierge ose se montrer nue.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 31 mars 2021

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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 09:24

 

Dans la forêt, au bord du marécage

le singe hurleur annonce le matin.

La brume paresseuse allonge ses écharpes

dans la clarté grise d’un ciel mal éveillé.

L’orchidée éploie ses couleurs nouvelles-nées,

tressaille sous les gouttes qui tombent encore du feuillage

agité par l’éveil multicolore du guacamayo.

Un lourd parfum monte de l’humus et descend de la canopée.

Sur le sentier discret quatre hommes vrais dans leurs robes blanches

font glisser leurs pieds nus entre les branches mortes hantées de serpents.

Ils portent le copal et les encensoirs de terre

pour aller honorer les dieux anciens de Yaxchilán.

Dans la brume de leurs rêves entre les lianes bruissantes

le soleil Kin dialogue avec le maître de la pluie

et les syllabes du passé résonnent encore dans la demi-lumière

tandis qu’on devine déjà les pierres sacrées des temples

prisonnières des bras noueux de la forêt.

 

Sur le fleuve Usumacinta

glisse la pirogue creusée dans un tronc d’acajou.

Vers la boue des rives émergent des bois flottants

ou peut-être sont-ce des caïmans.

Les hommes vrais rament en silence.

Au milieu se tient l’homme blanc, l’explorateur peut-être

ou l’ethnologue.

Dans le rêve des eaux grises flotte un esquif espagnol.

Dans le songe boueux des rives étincelle soudain

l’éclat noir d’une cuirasse,

le tranchant luisant d’une épée,

l’explosion silencieuse et bise d’une canonnade oubliée du temps.

Les conquérants barbus tombent pourtant

sous les flèches mayas, sous les haches de pierre

mais se relèvent et se pressent encore sur le rivage

comme des fantômes immortels.

 

Dans la milpa tzeltal poussent le maïs,

le haricot, la courge et le piment.

Dans la milpa tzotzil poussent la courge,

le maïs, le haricot et le tabac.

Le paysan a laissé le bâton plantoir,

il connaît la charrue du blanc, et la machette.

Ici, le patron féodal a volé la terre commune

mais là résiste la communauté, la terre partagée.

Les hommes du seigneur abattent l’indien trop résistant

mais d’autres se lèvent et devant eux

marche l’ombre de Zapata, Emiliano,

et son grand cri métis de Terre, Pain et Liberté.

 

Sur la ville de San Cristóbal

flotte le souvenir d’un évêque qui se repent

et qui lutte avec l’encre de sa plume,

avec le tonnerre de sa voix,

pour libérer l’indien du joug féodal.

Le fantôme de Las Casas flotte sur la ville

dans sa longue soutane blanche

d’où jaillit un visage rayonnant de colère fraternelle.

Là-bas, dans le nord, les puissants

de Mexico, Toronto, Washington,

échangent pour des flots d’argent

la sueur et le sang des hommes.

ALENA ! ALENA ! La terre ira aux plus offrants !

Mais les communautés indiennes

se préparent à verser le sang.

 

Du nord sont venus aussi

les jeunes révoltés survivants du massacre,

de la grande tuerie des étudiants

en octobre 68 sur la place de Tlatelolco.

Depuis dix ans ils respirent

l’air obstiné du peuple paysan,

méfiant d’abord et puis confiant.

On devine parfois dans le brouillard de l’aube

l’ombre d’un cavalier bardé de cartouchière,

un Don Quichotte revenant dont le heaume

est un passe-montagne.

On l’appelle sous-commandant car ici

c’est le peuple qui commande,

le peuple qui organise la lutte et les écoles,

qui répartit la terre et les armes,

les outils et les médicaments.

 

Aujourd’hui les puissants veulent donner les terres

aux plus offrants. ALENA ! ALENA !

mais Marcos et les autres sous-commandants

mènent l’attaque contre le Palais Municipal

et contre le Palais d’Injustice

de San Cristóbal de las Casas.

Ils brisent les meubles et brûlent les dossiers.

Mais bientôt l’armée du nord les traque

et les combattants se fondent dans la forêt lacandone.

Ils reviendront, comme fait la pluie, obstinément,

négocieront la paix avec les gouvernants,

organiseront leurs communes libres et pacifiques

où les paysans seront maîtres de la terre et du temps.

Longtemps flottera au-dessus des milpas,

dans l’air parfumé par les dahlias et les orchidées,

le fantôme d’un homme sur un cheval clair.

Son visage dissimulé est le visage de tous

et les volutes de sa pipe montent dans l’air humide et chaud

comme des pensées, des projets et des rêves.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 26 mars 2021

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8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 18:30

 

Mars. Le citronnier est encore à l’abri.

À travers la vitre il guette avec envie

la lumière qui s’épanche entre les branches

encore nues du frêne et sur la peau blanche

des deux bouleaux graciles. Et derrière eux

la cime des pins balance dans le bleu

les bouquets touffus de leurs aiguilles vertes

qui rient doucement des branches découvertes,

des chefs nus des feuillus tondus par l’hiver.

 

Dans le potager où travaillent les vers,

entre les mottes griffées par la serfouette

émergent, timides, les premières têtes

encore tendres, des fèves et des pois.

 

Le ruisseau se hasarde à sortir du bois,

tout ragaillardi par les pluies de l’hiver,

jette son grelot dans la fraîcheur de l’air,

sur les rochers polis fait de petits bonds

avant de paresser sur le sable blond.

 

Quatre jonquilles et trois narcisses hochent

la tête en voyant le lierre qui s’accroche

au tronc du vieux chêne et regardent de haut

les violettes brodées de perles d’eau

qui cachent dans l’herbe leur fierté discrète,

tandis que s’égaient au pré les pâquerettes,

de leurs robes à franges blanches parées

qui auréolent leurs petits cœurs dorés.

 

Mais soudain un nuage joueur tout gris

vient tirer par la barbe un soleil surpris

que ce jeune importun lui passe devant.

Mars. L’ondée sourit aux caprices du vent.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 8 mars 2021

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 09:35

 

Debout, la petite Lily

soudain ne suce plus son pouce.

Elle lève les bras et pousse

un cri de joyeuse folie.

 

Plus tard ses membres amollis

par le sommeil et sa frimousse

se blottiront dans l’ombre douce

et dans la tiédeur de son lit.

 

Mais pour l’instant la vie triomphe

et son petit gosier se gonfle

pour crier l’amour de la vie.

 

L’adulte dont le corps s’épuise

et dont l’énergie s’amenuise

l’acclame avec un peu d’envie.

 

Pierre Thiollière, Garrigues, 25 février 2021

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